Actus et Communiqués de Presse

30/01/2014

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Le baromètre Viavoice - BPCE des projets des Français - Janvier 2014

Pacte de responsabilité : un dépassement du clivage politique gauche-droite, le risque d’un clivage sociologique

Après une année 2013 difficile pour les Français et leur pouvoir d’achat, 2014 s’annonce sous de meilleurs auspices avec l’amorce d’une décrue des inquiétudes en matière de pouvoir d’achat, des prix de l’énergie moins anxiogènes qu’auparavant, et des mesures économiques audacieuses annoncées par l’exécutif pour restaurer la compétitivité des entreprises. Ainsi, le principe du Pacte de responsabilité recueille un accueil plutôt positif qui repose sur une synthèse politique gauche-droite dépassant les clivages traditionnels, mais risquant d’être confrontée à un clivage sociologique important.

Un dépassement du clivage politique gauche-droite

Le "Pacte de responsabilité" proposé par le président de la République aux entreprises est plutôt bien accepté : 49 % des Français estiment que le chef de l’Etat a "raison" de proposer "un tel Pacte aux entreprises", 23 % estiment qu’il a "tort" et 28 % ne se prononcent pas, en raison d’un manque d’information ou d’un manque de finalisation du dispositif. Cette mesure pourrait être source de consensus politique et social, à travers une politique de l’offre applaudie par une partie de l’opposition et par les organisations patronales. Or notre sondage révèle qu’un clivage politique traverse la gauche et la droite au sein de l’opinion, puisque 60 % des sympathisants de gauche comme 52 % des sympathisants de droite se déclarent aujourd’hui favorables à ce Pacte proposé aux entreprises. Ces lignes de fractures s’expliquent notamment par les critiques :

  • Émises par la gauche de la gauche face à l’idée d’un "pacte" conclu avec "les entreprises" ;
  • Émises par la droite de la droite en regard d’une main tendue émanant d’un pouvoir de gauche, sans garanties suffisantes de mises en œuvre et liant trop les entreprises dans une logique d’engagement.

Le risque d’un nouveau clivage, entre "le haut" et "le bas" de la société

Un risque majeur, pour l’avenir de ce Pacte, consisterait en l’approfondissement d’un clivage non plus politique mais sociologique : dès aujourd’hui, 42 % des employés et ouvriers y sont favorables, contre 59 % des catégories aisées (chefs d’entreprise, cadres, professions intermédiaires). Cet écart s’explique pour partie par la rhétorique économique qui entoure ce projet, et qui est souvent plus éloignée des visions des milieux modestes. Dès lors s’impose le risque d’un manque d’accompagnement de la réforme, le clivage social entre catégories populaires et aisées recoupant en partie un clivage politique porté par les populations les moins politisées (par rapport au clivage traditionnel droite-gauche) ou les plus déçues par les politiques actuelles : les personnes qui ne se déclarent proches d’aucun parti politique ne sont ainsi que 38 % à être favorables au Pacte. Dans ce contexte, l’attitude des partenaires sociaux jouera bien évidemment un rôle prépondérant.

Dès lors, cette situation pourrait s’avérer préjudiciable si une convergence se créait entre contestation sociale et contestation politique au cours des mois à venir, contrairement aux mouvements sociaux de l’automne qui ont vu les syndicats plutôt prudents par rapport à des formes de mobilisation moins institutionnalisées ("bonnets rouges", etc.).

Après une année 2013 très difficile en matière de pouvoir d’achat, des inquiétudes légèrement à la baisse

L’année 2013 aura vu une forte recrudescence des inquiétudes des Français en matière de pouvoir d’achat :

  • La part de personnes craignant de perdre du pouvoir d’achat est passée de 48 % en janvier 2013 à 62 % en décembre, soit une hausse de 14 points sur l’année ;
  • Cette tendance est largement due à la progression des inquiétudes liées à la fiscalité dans un contexte par ailleurs peu inflationniste : la proportion de personnes se déclarant préoccupées par les impôts est passée de 30 % en janvier dernier à 52 % en décembre (+22). En ce début d’année 2014, et en dépit de la hausse de la TVA à 20 % au 1er janvier, ces inquiétudes enregistrent un léger reflux puisque 59 % des Français pensent aujourd’hui que leur pouvoir d’achat "va diminuer" au cours des mois à venir (-3), contre 30 % qui anticipent une stabilité (+2) et 9 % une augmentation (+2) de leur pouvoir d’achat. Et si l’impôt demeure le poste de dépense le plus préoccupant, cette préoccupation est orientée à la baisse (51 %, -1 sur un mois et -3 depuis octobre).

Un contexte très faiblement inflationniste qui pourrait favoriser l’épargne plus que les dépenses

Cette baisse limitée des inquiétudes s’explique également par une inflation très faible ces derniers mois :

  • Concernant les prix de l’énergie, les baisses de prix de l’essence fin 2013 et début 2014, combinées à un climat doux limitant la consommation énergétique peut expliquer des niveaux d’inquiétude très faibles sur les dépenses énergétiques : 14 % des Français concernant le gaz (-7), 33 % concernant l’électricité (-4) et 29 % pour l’essence (stable sur un mois mais en baisse de 14 points depuis mai dernier) ;
  • La même tendance s’observe concernant l’alimentation : seulement 35 % des Français se déclarent inquiets par ce poste de dépense, soit une baisse des inquiétudes de 12 points sur un an.

Or ce contexte de faible inflation devrait se poursuivre en 2014 selon l’Insee (1,2 % seulement, après 0,9 % en 2013), ce qui favorise une hausse de l’épargne plutôt que des dépenses, si l’on en croit les intentions des ménages : les intentions d’épargne se stabilisent (47 % des Français souhaitent mettre autant voire plus d’argent de côté au cours des mois à venir (+3)), et 49 % envisagent de dépenser moins d’argent dans l’alimentation ou l’habillement au cours des trois prochains mois.

Le baromètre en chiffre